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CHRONIQUE LITTÉRAIRE – LA PORTE DES ENFERS : CHAPITRE 03 : le sacrifice 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE – LA PORTE DES ENFERS : CHAPITRE 03 : le sacrifice 

« Je crois que je deviens folle !! »

Cette pensée n’arrête pas de trotter dans la tête de Elda depuis son départ de cette propriété. Des monstres aurait-elle vu… Des monstres !! Des vrais !!
Toujours traumatisée par sa précédente vision déstabilisante, Elda n’arrête pas de regarder sur le rétroviseur intérieur de son véhicule pour s’assurer que quelque de ces créatures ne la suive. Comment régner quelque chose d’aussi palpable…

Elle les a vu et malgré le fait qu’elle se convainc par tous les moyens que cela pourrait être juste une impression, l’image encore fraîche des créatures hideuses aux visages difformes ne quitte pas ses pensées. Son visage dégouline de sueur, de sueur qui s’écoule jusqu’à dans son vêtement. Il fait chaud c’est vrai… Mais la provenance de cette transpiration intense n’est pas dû au climat mais plutôt à l’épouvante vision dont elle a été victime.

_ Allô Giulietta ? Tu es chez toi ? Je veux dire maintenant.

_ Oui. C’est vrai que je compte faire un saut à l’épicerie avant la fin de la journée pour acheter des poudres de cannelle. Mais j’y suis pour l’instant.

_ D’accord ! J’arrive.

Elda fait glisser son téléphone dans le trousseau du véhicule et repose ses deux mains sur le volant. Toujours un regard régulièrement fixé sur le rétroviseur… On aurait presque dit qu’elle espère y voir quelque chose.

Giulietta à l’encontre de Elda, est une fervente croyante aux phénomènes surnaturels et paranormaux. Métisse antillèse et prêtresse du vaudou en herbe, cette dernière fait de ses scéances de yoga un passe-temps auquel elle s’adonne corps et âme. D’ailleurs elle dirige un blog sur lequel elle fait par à ses followers de ses expériences avec « ses esprits guides ». Étrange qu’elle fasse partie des amis de Elda.

C’est à l’âge de 10 ans que Giulietta se retrouvait brutalement orpheline de père et de mère dans un incendie causé dans leur propre maison par un câble électrique négligé. La pauvre petite avait été témoin depuis le balcon de leur terrasse, de la souffrance épique de ses géniteurs dévorés par les flammes. L’image ne l’a jamais quitté.

Et sur cette histoire aussi existe une théorie comme quoi Giulietta serait la cause de cet incendie orchestré. La pauvre a passé après cette tragédie, deux ans sans adresser le moindre mot à qui que ce soit. Le traumatisme a dû être à son comble et depuis lors Giulietta prétend voir ses parents dans ses visions, être protégée par eux. Ses rituels sont en quelque sorte un moyen de se rapprocher de ses feux géniteurs tragiquement disparus.

Dans le street-Est (Rue de Londres), Giulietta s’est dédiée à une campagne pour défendre les personnes prétendantes être victime d’esprits méchants et c’est là qu’elle a fait la connaissance de son petit ami Roméo qui dès lors ne l’a plus jamais quitté.

La porte s’ouvre vertement et Elda entre avec précipitation. Giulietta au milieu du salon qu’on aurait plus comparé à un entrepôt est assise en position du lotus, les mains vers le ciel et les pieds entrecroisés formant un triangle quelconque. L’intrusion abrupt de son amie ne l’a pas fait bouger d’un poil. Ses yeux fermés, elle inspire et expire. Le son de relaxation en fond l’aide à effectuer son rite.

Elda ferme la porte et regarde par la fenêtre comme pour s’assurer que personne ne la suit, puis d’un trait vif, elle tire les rideaux.

_ Je te sens perturbée. Dit Giulietta toujours les yeux fermés avec son air de grande savante.

_ Il faut qu’on discute ! Renchérit l’autre en avançant dans la pièce pour rejoindre l’un des divans gonflable.

_ C’est ce qu’on est entrain de faire je crois. Qu’est-ce qu’il y a ?

Trop impatiente, Elda se lève du divan et s’en va arrêter le son de yoga qui retentit dans la pièce depuis son arrivée. Enfin Giulietta ouvre ses yeux et regarde son amie qui ne cache pas sa préoccupation visible sur son visage.

_ Il faut qu’on parle Giulietta. C’est la raison pour laquelle je suis ici.

_ Il y a un problème ? Je te croyais au boulot en ce moment et quand j’ai reçu ton appel, j’ai été un peu étonnée.

_ Je crois que je suis entrain de devenir folle !! S’écrit Elda en faisant des grands gestes avec ses mains.

Giulietta se lève de son tapis et vient s’asseoir sur l’un de ses divans, invite Elda à faire pareillement.

_ Je vois des choses bizarres depuis un certain temps. Je n’en sais rien !! J’ignore ce qui m’arrive. C’est comme si…

Elda ne fini pas sa phrase et regarde son amie comme pour implorer une réponse et une compréhension à son humeur. Giulietta la regarde avec attention.

_ Des démons ? C’est ça que tu vois ? Interroge Giulietta avec assurance.

_ J’en sais rien ! Des créatures de tout genre. Je fais des cauchemars terribles et… Tu vas peut-être pas me croire, j’ignore si c’est le fruit de mon imagination, mais aujourd’hui même quand je suis allé pour la vérification d’une maison, je suis tombée sur les trois prétendus spectres qui la hantent depuis des années. J’ai la tête qui va exploser quand j’y pense !! Et je n’en peux plus de toute cette histoire.

Elda fait sortir de sa poche une boîte de cachets et en prend trois qu’elle jette directement dans sa bouche pour ensuite mâcher nerveusement. Ses genoux s’entrechoquent continuellement et ses mains posées sur ses jambes n’arrêtent pas de trembler.

_ Je crois que tu es possédée par un démon ou alors tu es réclamée par un esprit. Ce genre de chose n’arrive jamais pour rien.

Elda rigole nerveusement et traîne ses mèches depuis son front jusqu’à derrière son oreille droite pour exprimer son stress. Elle se lève et s’éloigne.

_ Impossible. Ce genre de chose est impossible… Les cas de possession ou d’esprit machin, tu sais que ce ne sont que des inventions illogiques et…

_ Tu sais pourtant ce que tu as vu Elda. Interrompt subitement Giulietta en se levant elle aussi. Tu sais ce que tu as vu et ça tu ne peux pas le nier. Ces esprits qui te sont apparus et ces cauchemars que tu n’arrête pas de faire ont un but.

_ Lequel ? Interroge l’autre en se tournant vers son ami qui se trouve tout près d’elle.

_ Ça je l’ignore. Mais il faut chercher Elda. Accorde au moins à ça le bénéfice du doute. Tu ne seras pas libre de tes démons si tu n’arrives pas à les détecter par toi même et les combattre… Malheureusement c’est un combat solitaire.

_ Foutaise!! Pourquoi ce n’est qu’aujourd’hui que ces «demons» font surface ? Pourquoi ce n’est qu’au moment où je suis surmenée et submergée?

_ C’est justement en pareille circonstance que les choses se produisent. Il y a dû y avoir un déclic quelque part, quelque chose que tu as déclenché… Peut-être tu as émis un signal involontaire, mais tout porte à croire que c’est le cas Elda. Tu ne peux pas continuer à refuser ce qui est concret. Parce qu’en fin de compte que tu le veuilles ou pas, tu seras attirée par ton destin et tu devras l’affronter.

_ Tu sais quoi!? Je vais retourner chez moi et prendre un bain froid et me reposer. Je crois que ce dont j’ai besoin c’est un moment de relaxation et un voyage loin d’ici comme me l’a proposé ma psy. J’en ai terriblement besoin. Je vais te laisser continuer ta méditation.

_ Avant de rentrer chez toi attends!!

Giulietta s’en va et revient quelques minutes après avec un vase couvert qu’elle tient précieusement entre ses deux mains. Elle le présente à son amie

_ Qu’est-ce que c’est ? Demande Elda avec grande curiosité.

_ C’est de la poudre de chauve-souris fushia. Elle éloigne les esprits mauvais et protège même dans les rêves.

_ Je n’en ai pas besoin !!

_ Oh que si !! Insiste Giulietta avec fermeté. Tu en as besoin et même si tu l’ignore, c’est le seul moyen pour toi de te soulager. Même si ceci ne pourra que calmer les esprits qui te suivent, au moins la poudre pourra brouiller tes pistes. N’oublie surtout pas de l’enduire sur le chevet de ton lit et les cadres de tes portes. Elda C’est un voyage qui a bel et bien débuté et qui ne se terminera que quand tu auras vaincu.

_ Là tu me fais flipper. Il faut toujours que tu en fasses une patate pour mysticiser même ce qui ne vaut pas la peine de l’être. Mais d’accord, je vais le faire.

Giulietta sourit et acquiesce de la tête. Elda prend le miniscule vase. Elle s’en va.

*𝑼𝑵 𝑺𝑰𝑬̀𝑪𝑳𝑬 𝑷𝑳𝑼𝑺 𝑻𝑶̂𝑻*

La forme parfaite arrondie de la lune se reflète dans le fleuve qui onde. Dans la nuit obscure, des bruits sont perceptibles à des lieux.

Au milieu du champ de cannes, brûle un énorme feu entouré de danseurs indigènes à moitié nus, effectuant une chorégraphie synchronisée et terrible. Des cris confondus se mêlent au bruit des tambours pour créer une cacophonie abrutissante.

Les danseurs sont recouverts de goudron sur la totalité de leurs corps ce qui les rend foncièrement noirs, dans le feu juste au milieu d’eux, se craquent des énormes fagots de bois et créant des crépitements d’étincelles allant jusqu’à dans l’espace.
Au centre des cris confondus, se distingue un plus aigu ; celui d’une femme, d’une jeune fille qui crie, pas au rythme de la danse, mais au rythme de la terreur indescriptible causée par le traumatisme subit. Le cri sourd de la jeune femme ne perturbe en aucun cas les danseurs beaucoup trop adonnés à leur danse endiablée.

De la foule, émerge une vieille femme toute décoiffée et fortement affreuse. Son dos courbé met bien en évidence l’énorme bosse qui s’y trouve, dans sa main droite elle tient une espèce d’énorme coupe-coupe, à sa suite, des hommes maigres tenant une marmite en terre cuite. D’un geste de la main, la vieille fait cesser le bruit des tambours et l’exécution de la danse.

_ Je vous en prie !!!! Supplie désespérément la jeune femme toute nue liée par les quatre membres à un énorme arbre.

De sa poitrine nue, on peut voir le mouvement de son cœur terrorisé qui bât. Les gens présents sont tous des esclaves. La vieille femme s’approche d’elle et lui crache sur le visage…

_ Un sacrifice doit être rendu pour expier les malheurs de notre communauté. Un sang innocent contre une délivrance collective. Cite la vieille femme à haute voix. Un sacrifice doit être fait à Maiagah…

Toute la communauté à sa suite crie à l’unisson « 𝐌𝐀𝐈𝐀𝐆𝐀𝐇 !! 𝐔𝐍 𝐒𝐀𝐂𝐑𝐈𝐅𝐈𝐂𝐄 « !!
La jeune fille continue à supplier et implorer la pitié de sa communauté et ses parents présents qui s’apprêtent à lui ôter la vie de la façon la plus terrifiante qui puisse exister. Le désespoir et l’effroi se lisent dans son regard comme frappé par la foudre.

La vieille s’approche d’elle et à l’aide de l’instrument, lui tranche tout doucement le sein gauche. La jeune fille pousse un cri terrible en haletant. Du sang jaillit en abondance du membre amputé pour se verser dans la marmite en terre cuite, la vieille femme en fait de même pour l’autre sein. Les autres crient plus fort afin de se réjouir et camoufler les plaintes de la sacrifiée.

Agonisante et dépourvue de force, la jeune esclave pend sur l’arbre, la tête baissée et le sang s’écoulant de ses mamelles. La vieille femme ensuite se baisse vers son pubis et fait passer l’instrument entre ses jambes pour lui trancher les lèvres vaginales. La douleur insupportable réveille à nouveau la martyre qui crie de plus belle !! « Tuez moi!! » Implore-t-elle tandis qu’elle se vide affreusement de son sang. La douleur n’a pas de mot pour être décrite.

Trente minutes après, la torture continue et la pauvre n’est pas encore morte. Mais enfin, la vieille femme ouvre grossièrement sa cage thoracique et fait sortir son cœur chaud qui bât dans sa main droite. La jeune sacrifiée pousse un dernier cri sourd avant de rendre l’âme sous la satisfaction des autres congénères qui se réjouissent de la sinistre besogne.

Le cœur ainsi arraché, la vieille femme le jete dans les flammes du brasier qui vire tout à coup au bleu. Le sang de la jeune esclave rempli et déborde l’ustensile pour couler jusqu’à la rivière qui subitement se teinte en pourpre.

_ Détachez-la et éparpillez son corps. S’écrie la sorcière avant de s’éloigner.

La foule possédée se jette sur le corps sans vie et le tire tellement fort de tous les côtés que la tête saute, les membres se déchirent et le corps seul gît dans la poussière qui s’élève comme une brume. Ses membres dispersés de partout sont ensuite jetés dans le fleuve et son corps dépourvu d’intestin dans les flammes de l’énorme brasier.

Elda y est ! Elle est présente et voit la scène, mais cachée derrière un tas de cannes, la terreur la tient immobile. D’un geste rapide, quelqu’un lui tapote l’épaule et en se tournant… Face à elle, c’est toute la foule qui se tient et la regarde dans un silence total et troublant, lobservant, ils s’avançant vers elle.

_ Attrapez-la!! Hurle la vieille sorcière.

Au moment où ils se saisissent d’elle, Elda pousse cri et sursaute sur son lit !!!

Prise de vertiges et nausées, Elda bondit sur le sol et détale vers la douche pour se pencher vers le lavabo et vomir. Elle s’arrête enfin et se rince la bouche, dans sa tête l’image de la jeune femme mutilée lui revient encore.

𝘋𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦 𝘮𝘪𝘳𝘰𝘪𝘳 !! 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘳𝘦𝘨𝘢𝘳𝘥𝘦 𝘦𝘵 𝘢𝘶 𝘭𝘪𝘦𝘶 𝘥𝘦 𝘴𝘰𝘯 𝘳𝘦𝘧𝘭𝘦𝘵 𝘦𝘭𝘭𝘦, 𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘴𝘦 𝘣𝘶𝘵𝘦 𝘥𝘦𝘷𝘢𝘯𝘵 𝘤𝘦𝘭𝘶𝘪 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘤𝘳e𝘢𝘵𝘶𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘭’𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦 𝘴𝘰𝘪𝘳 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘴𝘦𝘴 𝘤𝘢𝘶𝘤𝘩𝘦𝘮𝘢𝘳𝘴. 𝘚𝘦𝘴 𝘺𝘦𝘶𝘹 𝘧𝘦𝘳𝘮e𝘴 𝘦𝘵 𝘤𝘰𝘶𝘴𝘶𝘴 𝘱𝘢𝘳 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘪𝘭𝘴, 𝘴𝘢 𝘣𝘰𝘶𝘤𝘩𝘦 𝘢𝘶𝘴𝘴𝘪 𝘧𝘦𝘳𝘮𝘦́𝘦 𝘦𝘵 𝘤𝘰𝘶𝘴𝘶𝘦. 𝘋𝘶 𝘴𝘢𝘯𝘨 𝘯𝘰𝘪𝘳 𝘳𝘶𝘪𝘴𝘴𝘦𝘭𝘢𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘴𝘰𝘯 𝘤𝘰𝘶 𝘨𝘳𝘰𝘴𝘴𝘪e𝘳𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘵𝘢𝘪𝘭𝘭e. 𝘓𝘢 𝘷𝘪𝘴𝘪𝘰𝘯 𝘯’𝘢 𝘥𝘶𝘳𝘦́ 𝘲𝘶’𝘶𝘯𝘦 𝘴𝘦𝘶𝘭𝘦 𝘴𝘦𝘤𝘰𝘯𝘥𝘦 !! 𝘓𝘦 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘲𝘶𝘦 𝘌𝘭𝘥𝘢 𝘯𝘦 𝘤𝘳𝘪𝘦 𝘦𝘵 𝘯𝘦 𝘣𝘳𝘪𝘴𝘦 𝘭𝘦 𝘮𝘪𝘳𝘰𝘪𝘳 𝘢𝘷𝘢𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘴’𝘦𝘧𝘧𝘰𝘯𝘥𝘳𝘦𝘳 𝘪𝘯𝘤𝘰𝘯𝘴𝘤𝘪𝘦𝘯𝘵𝘦 𝘴𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘴𝘰𝘭 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘥𝘰𝘶𝘤𝘩𝘦…

A 𝑠𝑢𝑖𝑣𝑟𝑒…

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