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OPÉRATION D’INJECTION DE LIQUIDITÉ DE LA BEAC : les banques en quête d’un soutien de trésorerie

[abelainfo] - La Banque des États de l'Afrique Centrale a lancé le 18 juin dernier, une nouvelle offre de liquidités de 65 milliards FCFA à destination des établissements bancaires de la zone Cemac. Cette opération a suscité un vif intérêt auprès des banques, témoignant de leurs besoins croissants en termes de refinancement, alors que la politique monétaire restrictive de la Beac depuis plus d'un an a considérablement assaini les conditions de trésorerie du secteur bancaire.


Depuis plus d’un an, la Banque des États de l’Afrique Centrale (Beac), la banque centrale commune aux six pays de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac), a resserré sa politique monétaire, dans le but de juguler les pressions inflationnistes qui pèsent sur la sous-région. Cette stratégie s’est notamment traduite par la suspension des opérations régulières d’injection de liquidités à destination du système bancaire, ainsi que par le relèvement des taux directeurs à plusieurs reprises à partir de la fin de l’année 2021.

L’objectif affiché par les autorités monétaires était de limiter l’accès des États, des ménages et des entreprises aux financements bancaires, considérés comme l’une des sources principales de l’inflation dite « d’origine monétaire » dans la région. Toutefois, cette politique a eu pour effet collatéral de placer les banques commerciales dans une situation de plus en plus tendue en matière de trésorerie, ces dernières étant régulièrement confrontées à des ponctions de liquidités via les opérations de reprises de liquidités menées par la Beac.

C’est dans ce contexte que la Beac a lancé, le 18 juin 2024, une nouvelle opération d’injection de liquidités d’un montant de 65 milliards FCFA. Selon les résultats dévoilés par la banque centrale, la demande exprimée par les établissements bancaires a atteint 292 milliards FCFA, soit plus de 4 fois le volume proposé initialement. Cette ruée des banques vers cette offre de refinancement témoigne de leurs besoins croissants en termes de trésorerie, dans un environnement monétaire devenu nettement plus restrictif depuis plus d’un an.

Il est à noter que cette nouvelle opération d’injection de liquidités fait suite à une première du même type organisée le 11 juin 2024, qui avait déjà suscité un fort engouement des banques, avec un taux de souscription s’élevant à 45% de l’enveloppe proposée. Cela semble corroborer le diagnostic posé par les responsables de la Beac quant à la dégradation progressive des conditions de trésorerie des établissements bancaires de la zone Cemac.

Cette situation contraste avec la volonté affichée par la banque centrale de resserrer les vannes du crédit afin de limiter les tensions inflationnistes. En effet, si les poussées inflationnistes sont certes encore principalement « importées » dans la région, la Beac considérait que la proportion de 20 % liée à des facteurs monétaires devait être enrayée en réduisant l’accès au crédit. Néanmoins, la récente réactivation des opérations d’injection de liquidités laisse penser que les autorités monétaires ont pris la mesure des difficultés rencontrées par le secteur bancaire et qu’elles cherchent désormais à trouver un équilibre entre leur objectif de lutte contre l’inflation et la nécessité de soutenir la trésorerie des banques.

Au-delà de cet aspect conjoncturel, la situation actuelle du système bancaire de la Cemac soulève également des interrogations quant à la viabilité à moyen terme du modèle de financement des économies de la sous-région. En effet, la dépendance croissante des banques vis-à-vis du refinancement de la banque centrale traduit une fragilité structurelle des ressources de collecte, confrontées à la faiblesse de l’épargne domestique et à la prédominance des dépôts à vue. Cette problématique, couplée aux défis posés par l’inclusion financière et le financement des investissements productifs, appelle sans doute à une réflexion plus approfondie sur les voies de transformation du secteur bancaire de la Cemac.

Sorelle Ninguem

D’après les statistiques de la banque centrale, la demande exprimée par les établissements bancaires a atteint 292 milliards FCFA, soit plus de 4 fois le volume proposé initialement.

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